21-3-2003

Interwiew for Brussels BD Tour

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- De Vita -

Découvert grâce à "La Fatwa", deuxième tome de la série "Le décalogue", Giulio De Vita explose littéralement grâce à la série "James Healer", scénarisée par Yves Swolfs, et publiée aux éditions du Lombard. Jeune dessinateur de grand talent, nous l'avons rencontré à l'occasion de la parution de "La nuit du Cobra", deuxième opus de la série. Giulio De Vita a très gentiment accepté de répondre à nos questions. Voici pour vous son interview exclusive.

Devançant les investigations de James Healer et du shérif de Camden Rock, un exécuteur sapplique, avec une efficacité imparable, à effacer toutes les traces qui pourraient conduire à la découverte du mobile des meurtres de trois jeunes femmes ...

Blanc élevé par des Peaux-Rouges et devenu un détective hors du commun, James Healer serait la réincarnation dun shaman. Comme ce dernier, il possède en tout cas de surprenantes capacités de médium quil utilise pour résoudre de sombres affaires criminelles. Appelé à la rescousse par le shérif de Camden Rock, une petite ville à laspect cossu et tranquille de lIdaho, "celui qui sait lire au fond des âmes" est chargé de démasquer le(s) meurtrier(s) de trois jeunes femmes retrouvées étranglées. Grâce à ses dons de clairvoyance, il a déjà pu élucider lun de ces trois crimes sordides. Le mystère des deux autres demeure cependant complet et savère aussi épais et poisseux que la boue qui suinte dans les caves et derrière les façades «trop propres» des maisons de cette bourgade aux airs de respectabilité ... Voici maintenant quun nouvel assassinat vient dêtre commis, celui du Dr. Hank Shrivner, le médecin local. Cest chez lui que James Healer avait mis à jour une série de photos compromettantes montrant les jeunes filles en compagnie de notables de la cité ! Le "shaman-détective" arrivera-t-il à guérir Camden Rock malade de sa face cachée ?

A lire absolument !  

BdTour: En Juin 1999, le premier tome des "Ombres de la Lagune", votre première BD en français paraît chez Soleil. Comment avez-vous rencontré François Corteggiani, scénariste de la série ?  

De Vita: François est un scénariste qui a pas mal travaillé en Italie et qui connait très bien l'italien. De plus, il vient assez souvent en Italie pour rendre visite à un de ses amis, également dessinateur. Je l'ai connu grâce à ce dessinateur. Nous nous sommes rencontré dans un festival en Italie et avons été présenté l'un à l'autre par des amis communs. Plus tard, il a scénarisé une serie avec un autre dessinateur italien. J'ai également collaboré à cette série. J'avais dessiné quelques planches des "Ombres de la lagune" (l'album n'avait pas encore de titre à l'époque). C'était un projet que je destinais au marché italien mais personne ne semblait être interessé. François a aimé mon dessin et mon idée, car lui aussi aime beaucoup Venise. Il m'a proposé d'adapter le projet et le sujet afin de le proposer en France. Sa connaissance de l'italien m'a boucoup aidé à cette époque. Il a ensuite trouvé un éditeur interessé par le projet et c'est comme çà que j'ai débuté dans la bande dessinée en français.

BdTour: Quest ce qui vous a poussé à faire de la bande dessinée alors quà lépoque, vous travailliez dans la publicité et le dessin animé? 

De Vita: J'avais envie de raconter des histoires et de m'exprimer comme je le désirais. La pubblicité et le dessin animé payent bien, mais il faut s'adapter a faire ce que le client demande, ce qui est parfois très contraignant. De plus, on peu très difficilement signer son travail ... Je suis venu à la BD assez tôt puisque j'ai dessiné pour les "Fumetti" (BD italiennes) pendant une dizaine d'années.

BdTour: Quels sont vos références en matière de Bande Dessinée ?

De Vita: J’ai appris à apprécier et à aimer la BD en lisant certains auteurs Argentins dans un magazine italien appellé "Lanciostory", qui pubblie les meilleures bandes dessinées du monde. Au debout, je me suis beaucoup inspiré de Mandrafina, Enrique Breccia et du grand Alberto Breccia. Puis, plus tard, j'ai connu les "Fumetti", les comics americains et enfin, la BD franco-belge. Maintenant que je travaille dans la BD franco-belge, mon champ de vision s'est considérablement élargi. Je m'inspire de tout le monde, des auteurs contemporains, comme des auteurs du passé, des dessinateurs humositiques et des auteurs réalistes. Tous peuvent me donner des idées et sont pour moi de grandes sources d'inspiration. Je pense avoir déjà un style propre et personnel, je peux alors me permettre d'emprunter à mes confrères de petites choses çà et là sans que l'on dise que je copie !

BdTour: Comment avez-vous été contacté par Frank Giroud pour dessiner "La Fatwa", deuxième tome de la série à succès "Le Décalogue" ?  

De Vita: Une amie commune nous a presenté. Frank m'a dit qu'il était en train de réunir une équipe de dessinateurs pour "Le Decalogue", chacun travaillant sur son propre tome de la série. Un jour, alors que j'étais à Paris, je suis allé chez lui. Il connaissait mon travail et m'avait remarqué dans "Les ombres de la Lagune". Je lui ai alors montré d'autres BD que j'avais réalisées en Italie et quelques travaux publicitaires ... et il a aimé.

BdTour:  Avez-vous eu le choix de dessiner nimporte quel tome du "Décalogue" ou vous a-t-on imposé "La Fatwa" ?  

De Vita: Au moment où Frank Giroud m'a proposé de travailler sur la série, je pouvais choisir entre le second et un autre (le 6ème tome si mes souvenirs sont bons, mais je ne suis plus sûr !). J'ai tout de suite choisi le second car j'aime beaucoup l'ambiance contemporaine du récit. J'aimais également le fait que l'histoire se passe presque entièrement dans un petit lieu, comme un compartiment de l'Orient Express. En plus, ce train mythique est une de mes passions ... c'est mon rêve le prendre un jour ...

BdTour: Que pensez-vous du choix des autres dessinateurs de la série?  

De Vita: Je trouve cela très bien qu'on ait tous des styles très différents. Je suis très heureux de ce choix parcequ'un projet éditorial conçu de cette manière implique une comparaison entre les différents dessinateurs de la série. Même si nous avons des styles différents, le tout est très harmonieux et chaque album a une charme différent.

BdTour: Vous dessinez actuellement le tome 3 ("Le lac sacré") de lexcellente série "James Healer", scénarisée par Yves Swolfs. Comment expliquez vous le succès rapide de ce personnage ?

De VitaJe pense c'est parce que notre travail sincère. L'éditeur, Yves Swolfs et moi-même y cryons tous. Pour ma part, je m'engage sans reserve, et je pense que les lecteurs apprécient. En plus, le personnage est un non-violent, ce qui, à l'époque à laquelle nous vivons, est un peu en marge de la tendance.

BdTour:  Comment se passe votre travail avec Yves Swolfs ? Vous remet-il des scénarii écrits ou réalise- t-il des crayonnés ?  

De VitaAu départ, je pensais que Yves, qui est également dessinateur, me remetrait des scenarii sous forme de crayonnés. Au contraire, il me donne les scenarii écrits à main ! De plus, il me laisse beaucoup de liberté pour les cadrages, pour le découpage et aussi pour l'action des scènes. Il a confiance en mon apport créatif. Ca me donne une grande assurance et me stimule dans mes recherches de solutions. La seule chose que je dois respecter est la trame de l'hitoire. C'est un policier, il faut suivre un certain parcours narratif que lui seul peut connaître. Bien que je lui demande toujours son avis, il me laisse une totale liberté de création.

BdTour:  A part "James Healer", avez-vous dautres projets de BD pour le futur ?  

De VitaNon, pour le moment, le dessin de "James Healer" occupe tout mon temps, rien d'autre n'est prévu.

BdTour:  Comment voyez-vous la BD dans 20 ans ?  

De VitaJe pense que la BD continuera encore longtemps à avoir du succès. Le mélange de la bande dessinée traditionnelle avec les autres langages expressifs seront de plus en plus importants (jeux vidéo, internet, 3D, nouveaux medias, etc.) mais aussi avec les autres styles de BD (mangas, comics, fumetti). Je crois également que le façon de faire de la BD "à la franco-belge" va faire école dans le monde entier. Les lecteurs de BD (je vous parle de l'italie) vont être de plus en plus exigeants et les bandes dessinées bon marché (et de mauvaise qualité) ne sont pas promises à un grand avenir.

BdTour:  Pour vous, intenet et BD sont-ils complémentaires ?  

De VitaSi par complémentaire, vous entendez qu'internet et BD peuvent vivre ensemble et s'aider réciproquement, alors c'est oui. Je crois que si on lis une BD sur le net et qu'on la trouve de qualité, on courra l'acheter en version papier. Au contraire si l'histoire est nulle ou que le dessin est moche, on ne la lira ni sur internet ni sur le papier. Il y a bien sûr des exceptions mais internet et BD sont deux medias comme le cinéma et le cassettes vidéo, le marché de la cassette vidéo aide beaucoup la production de films. Il faudrait seulement trouver une solution pour que les editeurs puissent gagner de l'argent grâce à internet et ne pas répéter le même problème de droits d'auteurs qu'il y a eu pour la musique avec "Napster", ce qui est un des points négatifs du web.

Propos recueillis par Stéphane L.